Incendies, fumées, fortes chaleurs : quels droits et quels réflexes pour les salariés ?
Obligation de sécurité, droit d’alerte, droit de retrait, prévention : les repères essentiels
Les incendies, les fumées et les épisodes de fortes chaleurs ne sont pas seulement des sujets environnementaux ou climatiques. Ils peuvent aussi avoir des conséquences directes sur le travail : exposition à des fumées, locaux surchauffés, missions en extérieur, déplacements perturbés, baisse de vigilance, fatigue, malaise ou aggravation de situations de santé déjà fragiles.
Pour les salariés, la question est simple : que peut-on demander à l’employeur ? À quel moment faut-il alerter ? Dans quelles situations le droit de retrait peut-il être envisagé ? Et pour les intérimaires, qui doit agir : l’agence d’emploi, l’entreprise utilisatrice, ou les deux ?
À retenir
- Les fumées, la chaleur et les conditions de travail dégradées peuvent constituer un risque professionnel.
- L’employeur doit évaluer les risques et prendre les mesures nécessaires pour protéger la santé et la sécurité des salariés.
- Le salarié doit signaler rapidement toute situation dangereuse.
- Le droit de retrait peut être exercé en cas de motif raisonnable de penser qu’il existe un danger grave et imminent.
- Pour les intérimaires, l’entreprise utilisatrice est responsable des conditions d’exécution du travail pendant la mission, notamment en matière de santé et sécurité.
- Le CSE et la CSSCT peuvent jouer un rôle central d’alerte, de prévention et de suivi.
1. Incendies et fumées : un risque professionnel réel
Un incendie émet de la chaleur, des fumées et des gaz polluants. Même lorsqu’un salarié n’est pas directement au contact des flammes, l’exposition aux fumées ou à un air dégradé peut poser un problème de santé et de sécurité.
Les effets peuvent être immédiats : gêne respiratoire, irritation des yeux, maux de tête, fatigue, malaise, baisse de vigilance. Ils peuvent être aggravés pour les salariés asthmatiques, atteints de pathologies respiratoires ou cardiovasculaires, les femmes enceintes, les salariés âgés ou ceux qui travaillent déjà dans des conditions physiques difficiles.
Dans une situation de fumées visibles, d’odeurs persistantes, de locaux mal ventilés ou de consignes floues, le bon réflexe est d’alerter immédiatement l’employeur ou l’encadrement.
👉 Source :
INRS – Incendie sur le lieu de travail : ce qu’il faut retenir
2. L’obligation de sécurité de l’employeur
L’employeur doit prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs.
Cela implique notamment :
- d’évaluer les risques ;
- d’adapter les consignes de travail ;
- d’informer les salariés ;
- de mettre en place des mesures de prévention ;
- de fournir les équipements nécessaires ;
- d’adapter l’organisation si les conditions deviennent dangereuses ;
- de tenir compte des situations individuelles particulières.
En cas de fortes chaleurs, de fumées ou d’un risque lié à un incendie à proximité, l’employeur ne peut pas se limiter à attendre que la situation passe. Il doit apprécier concrètement les conditions de travail et adapter les mesures.
Exemples de mesures possibles
- Limiter ou reporter certaines tâches exposées.
- Adapter les horaires ou les pauses.
- Renforcer l’accès à l’eau potable et fraîche.
- Réduire les efforts physiques en période de chaleur.
- Fermer ou ventiler certains locaux si l’air est dégradé.
- Fournir des équipements adaptés.
- Organiser un point régulier avec les équipes exposées.
- Mettre en place un suivi particulier pour les salariés fragiles.
👉 Source :
Code du travail – Article L.4121-1
3. Fortes chaleurs : anticiper avant l’accident
Les fortes chaleurs peuvent provoquer des malaises, une déshydratation, une baisse de vigilance, des erreurs, des accidents du travail et, dans les cas les plus graves, un coup de chaleur.
Les métiers en extérieur, les postes physiques, les déplacements fréquents, les locaux mal isolés ou mal ventilés et les activités nécessitant des équipements de protection peuvent être particulièrement concernés.
L’INRS rappelle que les risques liés à la chaleur doivent être évalués en amont et intégrés au document unique d’évaluation des risques professionnels, le DUERP. Cette évaluation doit ensuite se traduire en actions concrètes de prévention.
Signaux d’alerte à ne pas banaliser
- Fatigue inhabituelle.
- Vertiges ou maux de tête.
- Nausées.
- Crampes.
- Confusion ou perte de vigilance.
- Peau très chaude, malaise ou comportement anormal.
Face à ces signaux, il faut prévenir immédiatement l’encadrement, mettre le salarié à l’abri, faire cesser l’exposition et appeler les secours si nécessaire.
👉 Sources :
INRS – Travail par forte chaleur : 6 fiches pratiques sectorielles ;
INRS – Travail à la chaleur : mesures de prévention
4. Droit d’alerte : le premier réflexe
Lorsqu’un salarié constate une situation dangereuse, il doit alerter immédiatement l’employeur.
Cette alerte peut concerner une situation de travail dont le salarié a un motif raisonnable de penser qu’elle présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé, mais aussi une défectuosité dans les systèmes de protection.
Concrètement, l’alerte doit être simple, factuelle et rapide :
- décrire la situation constatée ;
- indiquer le lieu, l’heure et les personnes concernées ;
- expliquer le risque identifié ;
- demander les consignes à appliquer ;
- conserver une trace écrite lorsque c’est possible.
Bon réflexe CFTC : ne pas dramatiser, mais tracer. Un message court, factuel et daté permet de signaler le risque, de demander une réponse et de sécuriser la suite.
5. Droit de retrait : dans quelles situations ?
Le droit de retrait permet au salarié de se retirer d’une situation de travail lorsqu’il a un motif raisonnable de penser qu’elle présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé.
Il ne s’agit pas d’un droit automatique dès qu’une situation est inconfortable. Il suppose une appréciation concrète du danger : intensité du risque, absence de consigne suffisante, exposition directe, impossibilité de se protéger, urgence de la situation.
Le droit de retrait doit aussi être exercé de manière à ne pas créer pour autrui une nouvelle situation de danger grave et imminent.
Situations qui doivent alerter
- Fumées importantes ou persistantes dans un local de travail.
- Absence de consigne claire malgré un risque identifié.
- Exposition prolongée à une chaleur excessive sans mesure de prévention.
- Malaise ou symptômes chez un salarié exposé.
- Travail extérieur maintenu malgré des conditions manifestement dangereuses.
- Défaut d’équipement ou impossibilité de se protéger.
En cas de doute, le salarié peut demander conseil à un représentant du personnel ou à un élu CFTC. L’important est de rester factuel et de signaler immédiatement la situation.
6. Intérimaires : agence et entreprise utilisatrice doivent agir
Pour les salariés intérimaires, la situation mérite une vigilance particulière.
Pendant la mission, l’entreprise utilisatrice est responsable des conditions d’exécution du travail, notamment en matière de santé et sécurité. Elle doit donc prendre les mesures nécessaires sur le lieu de mission : consignes, adaptation du poste, équipements, pauses, organisation du travail, prévention des risques.
L’agence d’emploi reste également un interlocuteur essentiel. Elle doit être informée rapidement lorsqu’un intérimaire est exposé à une situation dangereuse, rencontre une difficulté de santé, subit une modification importante de ses conditions de mission ou ne reçoit pas de consignes suffisantes.
Réflexe intérimaire
- Alerter immédiatement le responsable sur site.
- Informer l’agence Adecco par écrit ou par message.
- Décrire précisément la situation : lieu, tâche, risque, consignes reçues.
- Demander quelles mesures sont prévues.
- Ne pas rester seul face à une situation dangereuse.
👉 Source :
Code du travail – Article L.1251-21
7. Salariés fragiles : une vigilance renforcée
Certaines situations personnelles peuvent rendre l’exposition aux fumées ou aux fortes chaleurs plus risquée : pathologies respiratoires, maladies cardiovasculaires, grossesse, handicap, traitement médical, âge, fatigue importante ou séquelles d’un accident.
Le salarié n’a pas à exposer publiquement son état de santé. Mais il peut alerter l’employeur, l’agence, le service de prévention et de santé au travail ou la médecine du travail si ses conditions de travail deviennent incompatibles avec son état de santé.
Lorsque des restrictions médicales existent, elles doivent être respectées. Si la situation évolue, une demande d’avis médical ou d’aménagement peut être nécessaire.
Bon réflexe CFTC : en cas de fragilité médicale, ne pas attendre l’incident. Il est préférable de demander une adaptation ou un avis médical avant que la situation ne devienne dangereuse.
8. Le rôle du CSE et de la CSSCT
Les représentants du personnel ont un rôle essentiel en matière de santé, sécurité et conditions de travail.
En cas de risque lié aux incendies, aux fumées ou aux fortes chaleurs, les élus peuvent notamment demander :
- l’évaluation du risque dans le DUERP ;
- les consignes applicables en cas de fumées ou pollution de l’air ;
- les mesures prévues pour les salariés en extérieur ;
- l’adaptation des horaires ou des tâches ;
- les équipements de protection disponibles ;
- les modalités d’information des intérimaires ;
- les mesures pour les salariés fragiles ;
- le suivi des malaises, incidents ou presque-accidents ;
- un retour d’expérience après l’épisode.
Un représentant du personnel au CSE peut également exercer un droit d’alerte en cas de danger grave et imminent. L’employeur doit alors procéder immédiatement à une enquête avec le représentant concerné et prendre les dispositions nécessaires.
👉 Source :
Code du travail – Droit d’alerte en cas de danger grave et imminent
9. Ce que les salariés peuvent faire concrètement
Face à un risque lié aux fumées, à la chaleur ou à une situation de travail dégradée, il faut éviter deux erreurs : banaliser le risque ou réagir sans trace.
La bonne méthode repose sur quelques réflexes simples :
- observer la situation et les symptômes éventuels ;
- alerter immédiatement l’encadrement ;
- demander les consignes applicables ;
- informer l’agence en cas de mission d’intérim ;
- tracer par écrit les faits importants ;
- se mettre en sécurité si la situation présente un danger grave et imminent ;
- contacter un représentant du personnel ou la CFTC en cas de doute ;
- conserver les échanges, consignes, photos ou éléments utiles.
Exemple de message simple
« Bonjour, je vous signale que les conditions de travail sont dégradées ce jour en raison de fumées / fortes chaleurs / absence de ventilation suffisante. Plusieurs salariés sont exposés. Pouvez-vous nous confirmer les consignes à appliquer et les mesures de prévention prévues ? »
La position CFTC
Pour la CFTC, les épisodes d’incendies, de fumées ou de fortes chaleurs doivent être traités comme de véritables sujets de santé au travail. La prévention doit primer sur l’improvisation. Les salariés doivent recevoir des consignes claires, disposer de moyens adaptés et pouvoir alerter sans crainte lorsqu’une situation devient dangereuse. Pour les intérimaires, l’agence d’emploi et l’entreprise utilisatrice doivent agir ensemble afin de garantir la sécurité pendant la mission.
Pour aller plus loin
- INRS – Incendie sur le lieu de travail : ce qu’il faut retenir
- INRS – Travail par forte chaleur : 6 fiches pratiques sectorielles
- INRS – Travail à la chaleur : mesures de prévention
- Code du travail – Article L.4121-1 : obligation de sécurité de l’employeur
- Code du travail – Articles L.4131-1 à L.4131-4 : droit d’alerte et droit de retrait
- Code du travail – Articles L.4132-1 à L.4132-5 : conditions d’exercice des droits d’alerte et de retrait
- Code du travail – Article L.1251-21 : responsabilité de l’entreprise utilisatrice pendant la mission d’intérim
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