CDI intérimaire chez Adecco : la CFTC veut faire évoluer le statut
Le CDI intérimaire fait désormais partie durablement du paysage du travail temporaire. Il apporte une stabilité contractuelle entre les missions, mais son fonctionnement soulève encore de nombreuses questions très concrètes pour les salariés : rémunération, mobilité, ancienneté, protection sociale, reconnaissance du parcours ou encore périodes d’intermission.
Chez Adecco, une première réunion consacrée à l’évolution du statut du CDI intérimaire s’est tenue le 1er juillet 2026 avec les organisations syndicales.
À retenir
Pour la CFTC Adecco, l’objectif n’est pas de remettre en cause le CDI intérimaire mais au contraire de le faire évoluer afin qu’il offre davantage de reconnaissance et de garanties aux salariés qui ont choisi ce statut.
Rémunération, ancienneté, mobilité, protection sociale et parcours professionnel doivent pouvoir être réellement discutés.
Le CDI intérimaire : un véritable CDI, avec des règles particulières
Le CDI intérimaire, ou CDII, est un contrat à durée indéterminée conclu entre le salarié et son entreprise de travail temporaire.
Le salarié peut effectuer successivement différentes missions auprès d’entreprises utilisatrices. Entre deux missions, il peut connaître des périodes dites d’intermission durant lesquelles son contrat de travail continue d’exister.
Le Code du travail prévoit notamment une rémunération mensuelle minimale garantie. Il impose également que le contrat précise plusieurs éléments essentiels : les emplois correspondant aux qualifications du salarié, son périmètre de mobilité, les conditions d’organisation du travail ainsi que le montant de sa rémunération minimale garantie.
Ces garanties constituent le socle du CDII. Mais un socle n’empêche pas de faire évoluer le statut lorsque l’expérience de terrain montre que certaines dispositions doivent être améliorées.
Pourquoi rouvrir aujourd’hui le dossier du CDII chez Adecco ?
Depuis plusieurs années, le CDI intérimaire a évolué. Les métiers ont changé, les besoins des entreprises utilisatrices également, tout comme les attentes des salariés en matière de stabilité, de mobilité, de rémunération et de reconnaissance professionnelle.
Les bilans annuels disponibles chez Adecco montrent également que les parcours des salariés en CDII restent très mobiles : entrées, sorties, démissions, embauches ultérieures en CDI dans les entreprises utilisatrices ou dans d’autres entreprises.
Ces évolutions justifient pour la CFTC une réflexion plus large : le CDII ne doit pas seulement permettre de sécuriser juridiquement une succession de missions. Il doit également devenir un véritable outil de construction d’un parcours professionnel durable.
Rémunération : aller au-delà du minimum garanti
La rémunération mensuelle minimale garantie constitue une protection essentielle du CDI intérimaire, notamment pendant les périodes durant lesquelles aucune mission n’est proposée.
Mais cette garantie minimale ne doit pas empêcher une réflexion plus ambitieuse sur la rémunération globale des salariés en CDII.
Lors des premiers échanges, la délégation CFTC a notamment souhaité que puissent être étudiées différentes formes de reconnaissance financière : ancienneté, prime annuelle ou dispositif équivalent, évolution de la rémunération et meilleure valorisation de l’expérience acquise au fil des missions.
Point de vigilance : ces éléments constituent aujourd’hui des sujets ou des propositions de négociation. Ils ne correspondent pas à de nouveaux droits acquis. L’objectif de la négociation est précisément de déterminer les améliorations susceptibles d’être retenues.
Ancienneté et reconnaissance du parcours
Un salarié en CDI intérimaire peut travailler plusieurs années pour Adecco, changer régulièrement d’entreprise utilisatrice, exercer différents postes et acquérir progressivement de nouvelles compétences.
Pour la CFTC, cette fidélité et cette expérience doivent être mieux reconnues.
La question d’une véritable reconnaissance de l’ancienneté, de mécanismes de progression et de droits supplémentaires liés au parcours mérite donc d’être mise sur la table.
La réflexion peut également porter sur certains congés ou avantages liés à l’ancienneté, dès lors qu’ils peuvent juridiquement et techniquement être adaptés au statut particulier du CDI intérimaire.
Mobilité : 40 kilomètres ne représentent pas la même réalité partout
La mobilité constitue probablement l’un des sujets les plus concrets du CDI intérimaire.
L’accord de branche de 2022 prévoit, sauf accord différent entre les parties au contrat, un périmètre de mobilité correspondant à un rayon de 40 kilomètres autour du domicile du salarié ou à une durée maximale de 1 heure 15 en transports en commun pour un trajet aller.
Mais derrière une même distance peuvent se cacher des situations très différentes.
Parcourir 40 kilomètres dans une grande agglomération, sur un réseau saturé, ou parcourir la même distance en secteur rural ne représente ni le même temps de trajet, ni les mêmes contraintes, ni les mêmes coûts.
La CFTC considère donc que la mobilité doit continuer à être appréciée en tenant compte de la réalité géographique, des horaires de travail, des transports disponibles et de la vie personnelle et familiale du salarié.
La négociation peut également être l’occasion d’examiner la situation des contrats plus anciens comportant encore des périmètres de mobilité différents, afin de rechercher davantage de cohérence entre les salariés.
Des missions qui doivent rester cohérentes avec le contrat
Le CDI intérimaire n’oblige pas le salarié à accepter n’importe quelle mission.
L’accord de branche encadre les missions proposées. Elles doivent notamment être compatibles avec les emplois prévus au contrat et avec le périmètre de mobilité convenu.
La rémunération horaire proposée doit également respecter les garanties prévues par les textes applicables.
Pour la CFTC, cette protection doit rester parfaitement compréhensible pour chaque salarié. Un CDII doit pouvoir savoir clairement quelles missions entrent dans son contrat, quels déplacements peuvent lui être demandés et dans quelles conditions une mission peut être refusée sans sanction.
Protection sociale et sécurisation du parcours
Le statut ne peut pas être réduit à la seule question du salaire.
La protection sociale, la prévoyance, la formation et l’accompagnement des évolutions professionnelles constituent également des éléments majeurs d’un CDI réellement sécurisant.
Le développement des compétences doit permettre au salarié en CDII de progresser, d’accéder à de nouvelles qualifications et, lorsque cela correspond à son projet, de faciliter une embauche durable dans une entreprise utilisatrice ou une évolution vers un nouveau métier.
Les priorités portées par la CFTC
- améliorer la rémunération et ouvrir la réflexion sur des mécanismes de reconnaissance supplémentaires ;
- mieux reconnaître l’ancienneté et l’expérience acquises au fil des missions ;
- renforcer la protection sociale et la prévoyance lorsque des améliorations sont possibles ;
- réexaminer les conditions de mobilité et les différences pouvant subsister entre certains contrats ;
- sécuriser les périodes d’intermission et l’information du salarié ;
- développer les parcours professionnels et la formation afin que le CDII soit aussi un outil d’évolution professionnelle.
Une négociation qui doit maintenant produire des avancées concrètes
La première réunion a permis aux organisations syndicales et à la direction d’ouvrir les discussions et d’identifier différents sujets de travail.
Les échanges doivent maintenant se poursuivre.
Pour la CFTC Adecco, cette négociation devra être évaluée sur sa capacité à améliorer concrètement la situation des salariés en CDI intérimaire.
La position de la CFTC Adecco
Le CDI intérimaire peut constituer un véritable outil de sécurisation de l’emploi lorsqu’il apporte stabilité, protection et perspectives professionnelles.
Notre objectif est donc simple : consolider ce qui fonctionne et négocier des améliorations là où les salariés ont besoin de davantage de reconnaissance, de garanties et de visibilité.
Sources
Code du travail – articles L.1251-58-1 à L.1251-58-8 relatifs au CDI intérimaire.
Accord de branche du 11 mars 2022 relatif au contrat de travail à durée indéterminée intérimaire.
Accord du 10 juillet 2013 relatif à la sécurisation des parcours professionnels des salariés intérimaires.
Documents et travaux CFTC Intérim relatifs au CDI intérimaire.
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