Commencer à 5 heures du matin, terminer à 21 heures, travailler le samedi ou le dimanche, enchaîner de longues journées ou revenir travailler après une importante coupure dans la journée… Ces organisations sont courantes dans de nombreux secteurs.
Pourtant, travailler en dehors des horaires habituels n’est pas toujours sans conséquence.
Une nouvelle expertise consacrée aux horaires atypiques autres que le travail de nuit remet le sujet au premier plan. Sommeil, fatigue, santé cardiovasculaire, santé mentale, accidents ou équilibre entre vie professionnelle et vie familiale : les effets peuvent varier selon le type d’horaire, sa fréquence et les conditions dans lesquelles le travail est organisé.
À retenir
Les horaires atypiques ne se limitent pas au travail de nuit. Travail tôt le matin, tard le soir, le week-end, journées longues ou horaires fractionnés peuvent eux aussi affecter la récupération, la santé et la vie personnelle. Tous ne bénéficient pas d’un régime juridique spécifique, mais l’employeur reste tenu de prévenir les risques liés à l’organisation du travail.
Qu’appelle-t-on un horaire atypique ?
Il n’existe pas aujourd’hui une définition juridique unique couvrant l’ensemble des « horaires atypiques ».
Cette expression permet généralement de désigner les organisations du temps de travail qui s’éloignent d’une journée et d’une semaine de travail habituelles.
La récente expertise retient notamment :
- le travail effectué très tôt le matin ;
- le travail en soirée ;
- le travail le samedi ou le dimanche ;
- les journées longues ;
- les semaines longues ;
- les horaires fractionnés ou coupés ;
- les organisations comportant des variations importantes d’un jour à l’autre.
Selon les définitions utilisées, plus d’un travailleur sur deux et jusqu’à environ trois travailleurs sur quatre peuvent être concernés par au moins une forme d’horaire atypique au cours de leur activité professionnelle.
À ne pas confondre
Un horaire peut être considéré comme atypique du point de vue de la prévention sans constituer juridiquement du « travail de nuit ». Le travail de nuit bénéficie d’un cadre spécifique dans le Code du travail ; ce n’est pas le cas de toutes les autres formes d’horaires atypiques.
Pourquoi notre organisme supporte-t-il moins bien certains horaires ?
Notre organisme fonctionne selon des rythmes biologiques qui alternent notamment périodes d’éveil et périodes de sommeil.
Lorsque le travail impose de se lever très tôt, de terminer tard, de dormir à des heures inhabituelles ou de modifier fréquemment son rythme, le temps et la qualité de récupération peuvent diminuer.
La question ne concerne donc pas uniquement le nombre d’heures travaillées.
La position de ces heures dans la journée, la régularité des horaires, le temps de trajet, les possibilités de récupération et la prévisibilité des plannings jouent également un rôle.
Horaires longs : des effets particulièrement documentés
Les travaux scientifiques analysés montrent que les horaires longs constituent l’une des situations les mieux documentées.
L’expertise relève notamment des associations avec :
- les troubles du sommeil ;
- l’anxiété ;
- certaines maladies cardiovasculaires ;
- la fatigue et la baisse de vigilance ;
- le risque d’accident ;
- ainsi que, selon les études, d’autres effets sur la santé physique ou mentale.
Il faut néanmoins rester prudent : le niveau de preuve scientifique n’est pas identique pour chaque effet ni pour chaque organisation horaire.
Une journée longue occasionnelle n’a pas nécessairement les mêmes conséquences qu’une organisation répétée pendant plusieurs mois ou plusieurs années.
Point de vigilance CFTC
Le respect des durées maximales prévues par le Code du travail ne suffit pas toujours, à lui seul, à garantir qu’une organisation est sans effet sur la santé. La répétition des longues journées, l’horaire de prise de poste, les temps de trajet et la récupération réelle doivent aussi être pris en compte dans la prévention.
Commencer très tôt peut perturber le sommeil
Une prise de poste très matinale oblige souvent le salarié à se lever alors que son organisme est encore dans une période normalement consacrée au sommeil.
Or avancer l’heure du lever ne signifie pas nécessairement que l’on réussit à s’endormir plus tôt la veille.
Au fil du temps, une dette de sommeil peut ainsi apparaître.
Elle peut se traduire notamment par :
- une fatigue persistante ;
- une somnolence ;
- une diminution de la vigilance ;
- des difficultés de concentration ;
- une récupération insuffisante entre deux journées.
Ces effets sont particulièrement importants lorsque s’ajoutent de longs trajets domicile-travail.
Les horaires fractionnés ne constituent pas forcément une vraie récupération
Certains salariés travaillent en deux périodes distinctes dans une même journée, séparées par plusieurs heures.
Ces horaires « coupés » existent notamment dans la restauration, les transports, les services à la personne ou certaines activités commerciales.
Sur le papier, la coupure peut sembler offrir une longue période de repos.
Dans la réalité, elle ne constitue pas toujours du temps pleinement disponible ou récupérateur : déplacement, impossibilité de rentrer chez soi, contraintes familiales ou anticipation de la seconde prise de poste peuvent fortement limiter la récupération.
L’INRS souligne également les difficultés de conciliation avec la vie familiale et sociale associées à ce type d’organisation.
Le travail le week-end touche directement la vie sociale et familiale
Le samedi et le dimanche correspondent encore, pour une large partie de la population, aux principaux temps consacrés à la famille, aux loisirs et aux activités sociales.
Travailler régulièrement pendant ces périodes peut donc rendre plus difficile :
- la vie avec les enfants ;
- les activités familiales ;
- les loisirs collectifs ;
- la participation à la vie associative ;
- ou simplement le partage de temps de repos avec ses proches.
La santé au travail ne se limite pas à l’absence de maladie ou d’accident : l’articulation entre vie professionnelle e