Les Zones à Faibles Émissions, ou ZFE, se développent dans plusieurs territoires afin de limiter la circulation des véhicules les plus polluants et d’améliorer la qualité de l’air.
Dans le travail temporaire, cette évolution pose une question très concrète : comment préserver l’accès à l’emploi lorsque le salarié dépend de son véhicule pour rejoindre une mission, une agence ou un site client ?
À retenir
Les ZFE répondent à un objectif environnemental important, mais leur mise en œuvre peut devenir une difficulté réelle pour les intérimaires, les CDII et les salariés permanents. La CFTC Adecco demande une transition écologique juste, progressive et accompagnée, afin que la mobilité ne devienne pas une nouvelle barrière à l’emploi.
Pourquoi parler des ZFE dans le travail temporaire ?
Le travail temporaire repose fortement sur la mobilité. Un salarié intérimaire peut changer régulièrement de lieu de mission, travailler dans une zone d’activité éloignée, commencer très tôt, finir tard, travailler de nuit ou intervenir le week-end.
Or, les transports en commun ne couvrent pas toujours ces horaires, ni les zones industrielles, logistiques, commerciales ou périurbaines où se situent de nombreuses missions.
Dans ces situations, la voiture n’est pas un confort. Elle devient souvent la condition concrète pour accepter une mission, respecter une prise de poste et conserver une activité professionnelle.
La question des ZFE doit donc être regardée avec attention : une règle de circulation peut, dans certains cas, avoir un impact direct sur la capacité d’un salarié à travailler.
ZFE : de quoi parle-t-on ?
Une Zone à Faibles Émissions mobilité, souvent appelée ZFE-m, est un périmètre dans lequel la circulation des véhicules les plus polluants peut être restreinte.
Ces restrictions reposent généralement sur la vignette Crit’Air, qui classe les véhicules selon leur niveau d’émissions polluantes. Plus le numéro de la vignette est élevé, plus le véhicule est considéré comme polluant.
Mais les règles ne sont pas identiques partout. Elles peuvent varier selon l’agglomération, le type de véhicule, la catégorie Crit’Air, le périmètre concerné, les jours ou les horaires.
Il faut donc éviter les raccourcis. Une même vignette ne produit pas nécessairement les mêmes conséquences dans toutes les ZFE. Chaque territoire peut prévoir ses propres règles, ainsi que des exemptions ou des dérogations.
Qui peut être concerné ?
Les difficultés liées aux ZFE peuvent concerner plusieurs catégories de salariés.
- les salariés intérimaires en contrat de mission ;
- les salariés en CDI intérimaire ;
- les salariés permanents travaillant en agence, sur site ou en fonction support ;
- les salariés habitant en zone rurale ou périurbaine ;
- les salariés travaillant en horaires décalés ;
- les salariés affectés sur des sites mal desservis par les transports ;
- les salariés disposant d’un véhicule ancien ou non compatible avec certaines restrictions locales.
Pour la CFTC, cette approche est importante. Le sujet ne concerne pas uniquement les grandes villes. Il concerne aussi les salariés qui doivent traverser une ZFE, rejoindre une zone d’activité ou travailler à des horaires où aucune solution de transport n’est réellement disponible.
Une difficulté concrète pour accepter une mission
Le problème peut paraître technique, mais ses conséquences sont très simples.
Un salarié peut être disponible pour travailler, avoir les compétences nécessaires, accepter les horaires proposés, mais se retrouver en difficulté parce que son véhicule ne lui permet pas d’accéder au lieu de mission ou de traverser une zone concernée.
Le risque est alors de voir apparaître une nouvelle forme d’exclusion : non pas parce que le salarié refuse de travailler, mais parce qu’il ne dispose pas d’une solution de mobilité compatible avec les règles locales.
Cette situation peut être particulièrement difficile pour les salariés modestes. Changer de véhicule représente un coût important : achat, assurance, entretien, carburant, financement, délais, accès aux aides ou au leasing.
Point de vigilance CFTC
La transition écologique ne doit pas devenir une sélection par le pouvoir d’achat. Les salariés qui n’ont pas les moyens de changer rapidement de véhicule ne doivent pas être écartés de l’emploi faute de solution adaptée.
Un enjeu particulier pour les horaires décalés
Dans l’intérim, les horaires atypiques sont fréquents : prise de poste très tôt le matin, fin de poste tardive, travail posté, nuit, week-end, remplacement urgent ou mission située loin du domicile.
Dans ces situations, les transports collectifs ne constituent pas toujours une alternative réelle. Un bus ou un train peut exister en journée, mais être inutilisable pour une prise de poste à 5 heures du matin ou une sortie de poste à 22 heures.
Pour la CFTC Adecco, l’analyse doit donc se faire à partir du travail réel : horaires, distance, lieu de mission, absence de transport, contraintes familiales et niveau de revenu.
Une solution théorique n’est pas une solution si elle ne permet pas réellement au salarié de rejoindre son poste.
Les solutions doivent être concrètes
Face aux difficultés de mobilité, plusieurs leviers doivent être mobilisés.
Il peut s’agir d’aides financières, de solutions de location, de covoiturage organisé, de parkings relais, de navettes vers les grands sites, d’adaptation des horaires lorsque cela est possible ou encore d’un accompagnement renforcé par les dispositifs existants.
Dans le travail temporaire, le FASTT peut notamment accompagner les intérimaires sur les difficultés de déplacement : location de véhicule, aide au permis, réparation de véhicule ou solutions ponctuelles pour rejoindre une mission.
Ces outils sont utiles, mais ils doivent être connus, accessibles rapidement et adaptés aux situations concrètes rencontrées par les salariés.
Ce que la CFTC demande
La CFTC Adecco demande une transition écologique qui protège à la fois la santé publique, l’emploi et le pouvoir d’achat des salariés.
Nos demandes sont claires :
- une information simple et accessible sur les règles ZFE applicables localement ;
- des dérogations ciblées pour les salariés sans alternative réelle de transport ;
- des aides financières renforcées pour les travailleurs modestes ;
- une meilleure adaptation du leasing social aux réalités des contrats courts et des missions successives ;
- une mobilisation renforcée du FASTT sur les freins à la mobilité ;
- des solutions de location ou d’achat adaptées au travail temporaire ;
- des dispositifs pouvant aussi bénéficier aux salariés permanents lorsque leur situation le justifie ;
- des horaires adaptés lorsque cela est possible ;
- du télétravail partiel pour les salariés permanents lorsque les fonctions le permettent ;
- du covoiturage organisé ;
- des parkings relais hors ZFE ;
- des navettes vers les grands sites ;
- une meilleure coordination entre agences, entreprises utilisatrices, acteurs publics et partenaires sociaux.
Pour la CFTC, ces demandes ne remettent pas en cause l’objectif écologique. Elles visent à éviter que la transition se fasse au détriment des salariés les plus exposés.
Attention aux idées reçues
Il est important de rappeler qu’une ZFE n’interdit pas automatiquement tout déplacement professionnel.
Les règles varient selon les territoires. Certaines restrictions ne concernent que certaines catégories de véhicules. Des exemptions nationales existent. Des dérogations locales peuvent également être prévues selon les cas.
En revanche, il ne faut pas non plus laisser penser qu’un salarié obtiendra automatiquement une dérogation parce qu’il travaille. Les règles doivent être vérifiées localement.
Avant de refuser une mission ou de conclure qu’aucune solution n’existe, il faut donc vérifier :
- la ZFE concernée ;
- la vignette Crit’Air du véhicule ;
- les restrictions applicables au trajet ;
- les horaires concernés ;
- les dérogations ou exemptions possibles ;
- les aides nationales, locales, employeur ou FASTT ;
- les possibilités d’adaptation avec l’agence ou l’entreprise utilisatrice.
Ce que les salariés peuvent faire
Un salarié concerné par une difficulté liée à une ZFE ne doit pas rester seul.
La CFTC Adecco recommande de documenter précisément la situation :
- lieu de mission concerné ;
- trajet habituel ;
- horaires réels de travail ;
- catégorie Crit’Air du véhicule ;
- absence ou insuffisance des transports disponibles ;
- coût ou impossibilité de changer rapidement de véhicule ;
- échanges avec l’agence ou le manager ;
- démarches effectuées pour rechercher une solution.
Cette traçabilité permet de montrer que la difficulté est réelle et directement liée à l’accès à l’emploi.
Les salariés peuvent également contacter leurs représentants CFTC Adecco afin de faire remonter les situations concrètes et d’identifier les demandes à porter auprès de l’entreprise ou des acteurs de la branche.
Ce que la CFTC continuera de suivre
La CFTC restera particulièrement attentive aux conséquences concrètes des ZFE pour les salariés intérimaires, CDII et permanents.
Plusieurs points devront être suivis dans la durée :
- l’information effective des salariés sur les règles locales ;
- les difficultés de mobilité signalées aux agences ;
- les missions refusées ou perdues faute de solution de transport ;
- l’accès réel aux aides existantes ;
- l’efficacité des solutions proposées par le FASTT ;
- les situations des salariés en horaires décalés ;
- les impacts sur les salariés permanents ;
- les réponses apportées par l’entreprise et les pouvoirs publics.
La transition écologique ne peut réussir que si elle prend en compte les réalités sociales et professionnelles des salariés.
En conclusion
Les ZFE poursuivent un objectif environnemental important : améliorer la qualité de l’air et limiter l’exposition aux véhicules les plus polluants.
Mais leur mise en œuvre doit être accompagnée. Dans le travail temporaire, la mobilité conditionne souvent l’accès à la mission, au revenu et à l’emploi.
Pour la CFTC Adecco, il ne s’agit pas d’opposer écologie et emploi. Il s’agit de construire une transition juste, réaliste et socialement responsable.
La ligne de la CFTC Adecco est claire : transition écologique oui, exclusion sociale non.
Sources et vérification
- Service-public.fr — Vignette ou pastille Crit’Air.
- Service-public.fr — Circuler en zone à faibles émissions mobilité.
- Ministère de la Transition écologique — Zones à faibles émissions.
- Mieux respirer en ville — Tout savoir sur les ZFE.
- Mieux respirer en ville — Les ZFE françaises et restrictions locales.
- Mieux respirer en ville — Dérogations et exemptions.
- FASTT — Solutions de déplacement pour les intérimaires.
- FASTT — Location de véhicule pour les intérimaires.
Article rédigé à partir des sources publiques disponibles et de la position portée par la CFTC Adecco. Les règles ZFE pouvant varier selon les territoires, les informations locales doivent être vérifiées pour chaque agglomération concernée.
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